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Roms, villes ouvertes

luglio 20, 2011


di Arnaud Le Marchand
tratto dal numero 43 della rivista Multitudes

Les Roms, exclus de la privatisation des terres en Roumanie, cherchent à migrer vers l’Ouest. D’autres aussi sont refoulés de Grèce où ils étaient saisonniers agricoles, la crise les chasse devant elle. Ils font des allers-retours, ce qui pour une part d’entre eux signifiera arrivée « /au pays où l’on n’arrive jamais/ », arrivée au voyage. À moins que l’intégration de la Roumanie ?

… L’habitat précaire et mobile est une pratique croissante de groupes professionnels et « culturels »… Bref plus le monde est fragmenté, plus il y aura de gens sur les routes, rusant avec les frontières. C’est par le biais de l’habitat qu’on regroupe dans un même opprobre forain ou Manouches français et Roms, en attendant la suite de la liste (les travellers ?). Or l’habitat précaire et mobile est une pratique croissante de groupes professionnels et « culturels » : − marchands et industriels forains, travailleurs des transports, salariés du bâtiment et de l’industrie, saisonniers du tourisme, de l’agriculture, voire du secteur informatique –, autant que de personnes sans emploi ou en situation irrégulière. Ces formes de logements autres sont perçues comme relevant de l’exclusion, de la marge extérieure, alors qu’elles sont, depuis toujours, impliquées dans des interstices. Elles occupent des espaces reliés à des fonctions, même invisibles, mais elles ne sont pas « hors-jeu ».

… Il nous faut dépasser cette vieille opposition entre la ville et les mobiles, les passagers et les résidents permanents… C’est ce monde du travail et de l’habitat mobile ou précaire qu’il faut prendre en compte pour saisir l’ampleur des changements en cours. C’est une représentation commune identifiant la ville avec la permanence, l’ancrage qui fait des « nomades » des étrangers de l’intérieur ou de l’extérieur. Or la ville est tout autant passage, flux autant que stock. Des flux internes qui nécessitent des équipements collectifs, terrains d’intervention traditionnels des édiles locaux et de l’État, mais aussi des flux qui la relient à d’autres territoires. Il nous faut dépasser cette vieille opposition entre la ville et les mobiles, les passagers et les résidents permanents. Ce point est d’autant plus crucial qu’une notion de « ville de transit » est utilisée à contrario par des organismes internationaux pour décrire la situation des cités servant au passage des immigrants vers les pays développés. Il aboutit à la négation de leur urbanité propre, complémentaire du refoulement de l’urbanité de passage dans les villes « normales ». D’autres catégories apparaissent aussi comme de plus en plus floues, comme la distinction entre touristes et salariés. De nombreux travailleurs comme les « nomades du nucléaire » se déplacent aujourd’hui en mobil home d’un grand équipement à un autre.

… Peut-on relier alors l’habitat mobile, les activités économiques itinérantes à une construction politique ?… En permettant d’expulser rapidement des campements s’il y a une aire d’accueil dans la commune, la loi de sécurité intérieure qui complète la loi Besson a déjà été utilisée contre des habitants en yourtes sur des terrains loués. Car une occupation illégale d’un terrain ne se limite pas au squat : un campement peut-être « évacué », même si ses habitants sont propriétaires de la parcelle. Peut-on relier alors l’habitat mobile, les activités économiques itinérantes à une construction politique ? La question revêt ici d’autant plus d’importance qu’il s’agit de plusieurs minorités n’ayant jamais constituées un collectif. Minorités sur le plan du nombre et de la relative différence de mode de vie, mais aussi sur celui politique puisque ces minorités ont été plus ou moins disqualifiées selon les cas et les périodes. Cette disqualification n’a cependant jamais empêché des acteurs d’habiter le voyage, pour des raisons professionnelles ou plus autonomes. La permanence d’un monde de l’habitat mobile amène à considérer ses conventions et représentations transversales. En fait, il s’agit d’éléments pouvant relever, sinon d’une « cité » au sens de Boltanski et Thevenot, en tout cas d’une économie politique de l’itinérance dont des penseurs de l’anarchie ont pu se trouver proches. La conséquence inattendue de la gesticulation du mois de juillet est de faire entrer dans la sphère du débat public les personnes sur les routes, les aires, les campements, les fourgons et bientôt les camping-cars. Un député a proposé d’abroger le livret de circulation obligatoire, vestige de la loi de 1912 et de son classement racial. Depuis, silence embarrassé. Gageons que ces questions vont revenir. À plus loin…

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