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Les profiteurs de l’asile

dicembre 22, 2011


de Jan Jirat, Carlos Hanimann
da Le Courrier

ENQUÊTE Grâce à des mandats de l’Etat dans le domaine de l’asile, la firme ORS réalise un chiffre d’affaires de 55 millions de francs. Parfois avec des méthodes douteuses.

En Suisse, les prestations financières pour les demandeurs d’asile ne cessent de se réduire. Mais les affaires réalisées grâce à eux prospèrent. Le plus grand prestataire dans ce domaine est ORS Service S.A. Selon ses propres informations, ORS gère les sept centres d’enregistrement de la Confédération ainsi que cinquante structures d’hébergement dans différents cantons. Sa tâche principale consiste à s’occuper des quelque quatre mille demandeurs d’asile concernés «de manière responsable» et de leur assurer «un traitement correct et humain».
Cependant, ORS est avant tout une société anonyme à la recherche de profit. Forte de plus de trois cents collaborateurs, elle appartient à une société de capital-investissement et à une holding situées dans le canton de Zoug, fiscalement très favorable (lire ci-dessous). Durant les années 1990, elle a profité du choix des autorités d’externaliser des tâches en supplantant les œuvres d’entraide.
Selon les médias, le chiffre d’affaire d’ORS était de 20 millions de francs en 1998. Il est estimé à 55 millions en 2010 par le service d’informations économiques Teledata. De juteuses affaires réalisées avec des méthodes parfois douteuses, comme le montre notre enquête.

«Une prison»
Weiach est une commune située dans le nord de l’Unterland zurichois. Elle est obligée, comme en principe toutes les communes, d’accepter un certain quota de demandeurs d’asile. Actuellement, elle accueille dix jeunes hommes dont la demande d’asile est en cours d’examen, pour certains déjà depuis des années. Ils sont hébergés dans une ferme délabrée où ils se partagent quatre petites chambres, un salon, une douche, une toilette et une cuisinière.
«Ce n’est pas une maison, c’est une prison», dit l’un des habitants qui partage une chambre d’à peine douze mètres carrés avec deux autres demandeurs d’asile. «Nous nous marchons sur les pieds. Comme les parois et les sols laissent passer les bruits, nous ne sommes jamais tranquilles. C’est toujours le stress», dit un autre.
Cet hébergement est géré par ORS. Une employée passe deux à trois fois par mois pour effectuer un contrôle. Depuis 2002, Weiach a sous-traité ses obligations légales en matière d’asile à une firme privée, comme c’est le cas également pour trente-trois autres communes zurichoises. ORS gère les 1494,95 francs mensuels que chaque requérant reçoit de l’Etat. A Weiach, les pensionnaires ne touchent au bout du compte que 400 francs. ORS déduit 371,95 francs pour la caisse maladie, 22 francs pour les charges et 700 francs pour l’utilisation du logement, comme le montre un décompte que la Wochenzeitung a pu consulter.

Conditions «respectées»
Ainsi, ORS facture 7000 francs par mois pour l’hébergement de dix requérants, soit 84 000 francs par année. La commune, qui loue la ferme d’un privé, ne paie toutefois que 18 000 francs par année environ, ce qui fait une différence de 66 000 francs. Du bénéfice pour ORS sur le dos des requérants d’asile?
Le directeur d’ORS, Stefan Moll-Thissen, rejette formellement cette accusation. Selon lui, les conditions cadre sont respectées et les mandants informés de la manière de procéder. «Nous constatons de plus en plus que beaucoup d’ONG compétentes, actives dans le domaine de l’asile, considèrent ORS comme une organisation très professionnelle et qui s’acquitte de sa tâche à la satisfaction des mandants et surtout des requérants», ajoute-t-il.
Un petit sondage auprès de plusieurs organisations de défense des droits humains donne une tout autre image. «J’ai constaté à plusieurs reprises qu’ORS travaille avec des équipes d’encadrement très restreintes, note Denise Graf, d’Amnesty International. Quand j’ai visité le centre de Kaiseraugst en 2006, j’ai constaté que les habitants du centre  – uniquement des hommes – étaient laissés à eux-mêmes durant des semaines et qu’il n’y avait aucune structuration de la journée.» Le constat est le même du côté de Solidarité sans frontières (Sosf), d’Augenauf et du Centre de Contact Suisses-Immigrés.
Par ailleurs, plusieurs incidents se sont produits au cours des dernières années dans des centres gérés par ORS: refus d’accès pour les représentants d’organisations de défense de droits de l’homme, soins médicaux défaillants, encadrement non professionnel et lacunaire.
Moreno Casasola, de Sosf, critique le principe même qu’une entreprise orientée vers le profit comme ORS obtienne des mandats, et cela malgré les pressions permanentes pour diminuer les moyens à disposition dans le domaine de l’asile. «Avec un forfait de la Confédération de 1500 francs par personne, il n’est actuellement plus possible de garantir un encadrement professionnel avec un concept global. Comment ORS parvient-elle à extraire des profits du citron déjà complètement pressé de l’asile? Cela n’est possible qu’aux dépens de la qualité et du niveau de formation des employés.» Le Conseil fédéral devra s’expliquer. Le socialiste argovien Cédric Wermuth annonce le dépôt d’une interpellation au Conseil national.

Mandats en vue
Malgré plusieurs voix critiques, Berne semble apprécier les services avantageux de l’entreprise. La semaine passée, le Conseil des Etats a adopté un nouveau projet de révision de la loi sur l’asile. Il s’agit dans un premier temps d’accélérer les procédures, entre autres par l’introduction d’une phase préparatoire. Dans le message on peut lire: «Dans la phase préparatoire, l’Office fédéral des migrations peut déléguer des tâches administratives à des tiers.» Comme nous l’ont confirmé récemment des représentants de l’ODM, ces «tiers» pourraient être ORS.
Die Wochenzeitung

Traduction: Christine Dellsperger

Requérants jetés à la rue
. La rue pour seul refuge?

Des requérants d’asile fraîchement arrivés sur sol suisse se sont vu refuser par manque de place l’entrée au centre d’enregistrement de Bâle. Selon l’émission de télévision alémanique «10 vor 10», qui a révélé mardi cet incident, certains d’entre eux ont été hébergés par l’Armée du salut alors que d’autres semblent avoir passé la nuit dehors. Le conseiller national Balthasar Glättli (verts/ ZH) interpellera le Conseil fédéral.
Anni Lanz, de Solidarité sans frontières, était sur place lundi soir. «J’ai vu une mère avec deux petits enfants ainsi que deux femmes et un jeune homme assis devant le centre. Un agent de Securitas m’a dit qu’il n’y avait plus de place et qu’ils pouvaient aller passer la nuit à la gare!» Le centre a finalement mis à disposition un véhicule pour conduire les familles jusqu’au domicile d’Anni Lanz, où elles ont été hébergées. Le lendemain, elles ont été admises au centre.
En revanche, la militante ignore tout du sort des autres personnes refusées à l’entrée. «Il y en avait douze lundi soir, relate-t-elle. Des gens ont disparu, d’autres sont restés assis devant la porte.» Le reportage de «10 vor 10» montre que certains requérants ont reçu un document leur demandant de revenir une semaine plus tard.
Michael Glauser, porte-parole à l’Office fédéral des migrations, admet que «dix à vingt» demandeurs d’asile ont été refusés ces dernières semaines à Bâle. «Jusqu’ici, notre position consistait à dire que, pour des personnes jeunes et en bonne santé, deux ou trois nuits d’attente sont supportables. Mais nous allons réexaminer la question du point de vue juridique.»
A Vallorbe (VD), «nous n’avons jamais dû mettre quelqu’un à la rue pour l’instant», indique le directeur du centre, Maurizio Miceli. S’il n’y a plus de place, les demandeurs d’asile sont aiguillés vers un autre centre ou chez des proches. En dernier recours, ils passent la nuit sur un matelas dans une salle commune.
Du côté de Bâle, un abri de la protection civile sera ouvert aujourd’hui à Pratteln (BL). Une solution qui ne convainc pas entièrement Anni Lanz: «Socialement, les demandeurs d’asile seront complètement isolés.»
Michaël Rodriguez

 

Un ulteriore articolo sulla situazione in Svizzera dalla TSR

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